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Aériums, préventoriums et sanatoriums

Pendant près d’un siècle, ces trois types d’établissements initialement destinés à lutter contre la tuberculose accueillirent à temps complet plus d’une centaine de milliers d’enfants, pour des séjours de plusieurs mois, voire plusieurs années.
En France, les premiers centres apparurent dans la 2nde moitié du xixe siècle. La tuberculose pulmonaire, forme la plus répandue, fut notamment soignée en montagne, suivant l’exemple allemand, fondé sur la cure hygiéno-diététique (de l’air pur, une suralimentation et beaucoup de repos).
Mais c’est surtout dans l’entre-deux-guerres qu’émergea un véritable réseau de centres de soin, que ce soit par la réhabilitation de châteaux ou des constructions spécifiques. Publics et privés, accueillant de quelques dizaines à plusieurs centaines d’enfants partout en France, ils devinrent l’un des maillons d’un système de protection plus vaste, dont faisaient également partie le dispensaire et l’infirmière-visiteuse. Aux sanatoriums, il fallut alors ajouter l’aérium, destiné à des enfants devant être protégés de la contagion ou améliorer leur état de santé, et le préventorium, plus médicalisé, destiné à des enfants primo-infectés. Selon l’évolution de la législation (notamment en 1938 et 1945), un même centre put être qualifié au cours du temps de maison d’enfants, d’aérium ou de préventorium.
Après la Seconde Guerre mondiale, une partie des centres participa aux essais thérapeutiques des cures antibiotiques, grâce auxquels la tuberculose put être soignée à l’hôpital et à domicile (lorsqu’elle n’avait pas été évitée par le BCG, rendu obligatoire pour les enfants en 1950). Mais de nombreux établissements, dont l’existence était devenue économiquement capitale, en particulier en zone rurale, continuèrent de fonctionner, les antibiotiques s’ajoutant alors à une cure hygiéno-diététique dont les principes avaient peu varié depuis le XIXe siècle. Malgré des résistances, fermetures et reconversions s’accélérèrent après 1970, lorsqu’un glissement de terrain provoqua la mort de 56 enfants.
Pour les enfants, le séjour dans ces établissements constitua une expérience de vie souvent très marquante, que ce soit positivement, au sein d’établissements parfois innovants sur le plan pédagogique, ou négativement, lorsque les maltraitances d’un personnel peu formé ont transformé en enfer le paradis pour enfants des classes populaires dont ont rêvé les médecins et les philanthropes qui les ont créés.

Texte  : Maialen Berasategui

Bibliographie

  • Maialen Berasategui, “Enfants soignés, enfants cachés dans les établissements antituberculeux français durant la Seconde Guerre mondiale”, in Laura Hobson Faure, Manon Pignot, Antoine Rivière (sous la dir.), Enfants en guerre. « Sans famille » dans les conflits du XXe siècle, Paris, CNRS Editions, 2023, p.215-230.
  • Helen Bynum, Spitting Blood : The History of tuberculosis, Oxford, Oxford University Press, 2012.
  • Philippe Grandvoinnet, Histoire des sanatoriums en France (1915-1945). Une architecture en quête de rendement thérapeutique, thèse de doctorat en histoire de l’architecture, UVSQ, Université de Genève, 2010, consultable à http://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01935993/document.
  • Stéphane Henry, Vaincre la tuberculose (1879-1939). La Normandie en proie à la peste blanche, avec le "Chapitre 8. La protection de l’enfance : une priorité", Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013.

Sitographie

Images

Brest, aérium de Saint-Frégant : leçon de botanique (ca. 1928)

Le Glandier, lettre envoyée aux parents à l’arrivée d’un enfant (1957), collection particulière

Crédits : Libre de droits

Sèvres, préventorium Les Peupliers : la cure de soleil (s.d.)

Hospices civils de Toulouse, Préventorium de Guilhem, "Sauvons nos enfants", affiche, non identifié, Gallica.

Préventorium hélio-marin de Hendaye-Plage

Préventoriums de Cannes et St Laurent en Plérin